Remember this painter (suite et fin)

Publié le par Miriam Fogoum

Dans sa palette, vidéo et sites web

Mais l’homme de culture a également développé un fort penchant pour la vidéo, délaissant quelque peu la peinture: « Il disait toujours qu’il se sentait interpellé par la télévision comme objet de production d’images et de couleurs. Ce qui l’intéressait c’était tout ce qu’il y avait comme formes, caractères, éclairage… Il a d’ailleurs commencé cette réflexion quand la télévision était nouvelle au Cameroun », raconte Hervé Youmbi. Selon ses intimes, parmi les activités que Goddy menait à Art Bakery, l’on retrouvait très souvent des discussions professionnelles, ainsi que des ateliers de création vidéo et de sites web. Il voulait transformer Art Bakery en véritable centre de recherche, pôle de rencontre pour les artistes, les commissaires d’expositions, les chercheurs…

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lui en avant plan avec un collectif de peintre dont le célèbre Hervé Youmbi

Ses parents, encore en vie, évoqueront avec peine cette date du 24 novembre 1965, où Godfried Kadjo poussa son premier cri. « Il n’a déjà pas été évident d’avoir un fils très intelligent, titulaire d’une maîtrise, qui se soit lancé dans la peinture. Et aujourd’hui il faut qu’ils vivent ça !», sanglote un proche de la famille.

Ses compagnons de route Louise Épée, Émile Youmbi, Achille K, Jean Marc Siangué, Justine Gaga, Jacques Ndoumbè, Hervé Yamgaing n’en finissent pas de gémir en mémoire de celui qui était le leader des arts plastiques à l’Université de Yaoundé dans les années 80 ; et qui admirait les peintres Marcel Duchamps, Barcello et…Pascal Kenfack : « Il avait un travail très fin, très critique et très humoristique, Goddy a été choisi par l’art et était un passionné, il était déterminé et convaincu que tout irait à la perfection», relate Hervé Yamgaing.


'Goddy était ouvert et explorateur, très fortement marqué par l'histoire et le respect de la mémoire.'


Originaire de Njifor par Ndu Tea dans le Nord-Ouest, Goddy Leye déclarait, lors d’un autre entretien cette fois avec le journaliste Jacques Épangué: « Nous sommes suffisamment impliqués dans le développement de la communauté à travers les projets que nous menons. Nous avons installé une médiathèque à Bonendalè qui fonctionne depuis deux ans. Et c’est une association basée en France qui s’appelle  ‘Kalati’ qui  se charge de collecter les livres. La médiathèque dispose aujourd’hui d’un millier de bouquins.»

L’art et la personne de Godfried Kadjo ont toujours marqué les esprits de ceux qui l’ont vu et approché. Ses amis, ses élèves, ses collaborateurs ne l’ont jamais appelé grand maître du fait de sa profonde modestie. Mais tous savent aujourd’hui et ne manquent pas de le dire : «Nous avons perdu un expert.» Aujourd’hui ils ne recevront plus de mails signés Goddy Leye, mais poursuivront son rêve : faire survivre l’art plastique camerounais.

Goddy Leye comptait installer ces jours-ci des locaux pour des ateliers de création, un laboratoire audio-visuel pour des œuvres qu’il jugeait de qualité, et même un atelier sur la formation des journalistes. Et dire qu’il était attendu à Los Angeles aux États-Unis en mars 2011 pour une exposition !

 

Texte : Miriam Fogoum

Photo : DR

 

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