Basketteur producteur

Publié le par Miriam Fogoum

Louis Tsounguiest une figure importante du hip hop camerounais en sa qualité de producteur. De Krotal à Ebène, voilà plus de dix ans que son label Mapane Record s’affirme. Enseignant le jour et sportif le soir, il nous ballade dans sa passion de basket avec son club Onyx.

 

C’est à la véranda de son domicile que nous reçoit «le grand métis à la voiture grise» - ainsi que le décrivent ses voisins. Quelques heures plus tôt il était encore allongé dans un hôpital, une perfusion plantée dans le bras. «Ça va ! dit-il, quelque peu affaibli. Je ne suis pas d’aplomb mais je peux tenir. » Adossé sur sa chaise, il a les bras croisés. Son calme apparent cache un tempérament bien trempé, surtout lorsqu’il parle de son label : «Mapane est revendicatif. À travers les artistes nous dépeignons mieux nos propres souhaits. De même nous mettons en avant la fierté d’être camerounais, car c’est un pays qui a un gigantesque potentiel. » Parmi ses «produits», il y a les artistes Krotal, Ak Sang Grave, Funky, et Ebène le slameur de la meute. Sa vie de producteur, il la doit à son passé de basketteur car «la culture du hip-hop et celle du basket se joignent. »

Le fils de Louis Tsoungui Olama et de Françoise Bouchard est professeur d’éducation physique et sportive, formé en sciences et techniques des activités physiques et sportives à René Descartes, Paris V. Depuis 2001, il a un club de basket qui forme des jeunes dans cette discipline, et qui porte le nom Onyx«Lorsque je suis retourné en France passer ma deuxième maitrise en management et marketing du sport à l’université de Nantes en 1999, je constate à mon retour qu’il n’y a pas de structures qui forment les jeunes dans ce sens, et l’idée me vient», raconte l’ancien milieu ailier.

L’absence de partenaires financiers,  ne l’empêche pas de former des pointures comme Luc Mbah à Mouté qui joue actuellement en NBA, Seydou Njoya (Nancy en Pro A française), Steve Missi qui vient d’être admis à Harvard pour la rentrée 2011-2012.

Dans son club, il se veut  mi-coach, mi-guérisseur. Une de ses plus grandes fiertés est de former des hommes et pas seulement des basketteurs : «Nous participons à notre manière à leur éducation. On apprend à certains à lire et à écrire, et parfois on scolarise des enfants. »

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Pour trouver les fonds nécessaires au management d’Onyx le professeur a un principe de base simple : « Les enfants issus de familles aisées financent l’inscription de ceux qui viennent de familles défavorisées. On fait une cotisation, on inclut une part qui va nous permettre d’aider les familles en difficulté. C’est cette part qui subventionne la caisse pour gérer les frais attenants aux familles pauvres. » Fallait y penser !

Cette activité de professeur-coach, il la mène après une blessure au tendon d’Achille et à la cheville au début des années 1990 alors qu’il joue encore dans l’équipe de basket de la ville de Sceaux en banlieue parisienne : «J’étais professionnel de basket de haut niveau en deuxième division pro B, et ce à partir de 1983. » Cette année-là, il est pistonné par son entraîneur Jean Michel qui le découvre à Meudon Val Fleury. Ce dernier le présente à Pierre Buteau - «un des rares entraîneurs français à posséder un BE3, diplôme de haut niveau», souligne-t-il. Il se retrouve très rapidement dans le club phare de la région parisienne, As Sceaux entraîné par Alain Weisz.

Malgré la blessure, le jeune basketteur continue de s’exprimer devant un public enthousiaste. Il est appelé dans les équipes d’Orléans, de Nantes et de Bondy. Sa maman est plutôt ravie de ses prouesses tandis que son père, plus exigeant, veille à ce que cette flamme ne déteigne pas sur ses études. Après son DEUG, Louis obtient la licence et la maîtrise : «En professionnel, j’avais la possibilité de prendre mon temps. Je passe mon DEUG en trois ans, ma licence en deux, et je fais pareil pour ma maîtrise.» Dans sa carrière de basketteur, Louis remporte plusieurs championnats : « J’ai été champion N2 Pro B, plusieurs fois champion de France, j’ai participé au championnat d’Europe avec l’équipe de France junior au Danemark et en Autriche. »

 

Entrée dans la musique

C’est connu, lorsqu’il s’occupe de la maquette d’un artiste, en général celui-ci fait un tabac. «Sans aucune prétention, j’ai une écoute assez fine. Je me suis retrouvé avec de très grands ingénieurs de son du monde et qui ont demandé mon avis. Ils sont d’ailleurs assez surpris de mon apport »,  assure le producteur. Le succès fulgurant des albums de son cousin-poulain Krotal et du groupe Ak Sang Grave vont confirmer la symbiose parfaite de son ouïe et de la musique.

Louis Tsoungui a toujours été magnétisé par les sons dès sa tendre enfance : « J’achetais au moins cinq à dix albums par semaine. » Pas que du hip-hop ! Il s’intéresse au jazz, à la soul, au funk et au hard rock.

Son entrée dans ce monde se fait donc naturellement.  Il visite le milieu des jeunes du hip-hop tout en s’imprégnant de leur galère : «Il n’y avait pas de studios hip-hop et en 1997 je décide d’acheter un studio numérique.» Son ami Patrice Biyina, guitariste et ingénieur de son basé à New York, l’aide dans sa démarche. C’est ainsi que Louis se lance dans la production et produit Kamer Connexion volume I : «J’ai voulu faire connaître un maximum d’artistes, mais aussi donner une couleur camerounaise au rap.» S’enchaînent alors les productions : Vert rouge jaune de Krotal, YPP,  Du fond de l’Afrique d’AK Sang grave, La zik pour la vie de Parol, Tchoko de MH, Hypnose deBashiru…

Mais aujourd’hui, Louis Tsoungui est partagé entre l’idéalisme et le réalisme : «Mapane ne rapporte pas et j’ai décidé de ne plus m’engager sur un financement propre, confie-t-il tout de même attristé. Nous n’avons eu jusqu’à présent que Ralph Nkada le frère de Krotal qui nous a donné une aide à 50%. Mis à part cela, jamais personne n’a été aussi large.»

Divorcé, le papa du jeune Élie a le rêve de faire de Mapane Record un label de renommée internationale et de propulser ses artistes le plus loin possible. «Il nous faut un financement pour relancer la structure, nuance-t-il. Gérer les personnes n’a rien de facile. Il y a eu beaucoup de passions dans tout ça ! Aujourd’hui Onyx s’auto finance, Mapane doit faire de même ». Des âmes de bonne volonté sont sans doute au rebond.

 

Texte : Miriam Fogoum

Photos : Fernand Kuissu /ICI

 

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