À un cheveu de la perfection ?

Publié le par Miriam Fogoum

 


                                                

Emmanuel Chiangong est l’une des meilleures gâchettes de la coiffure au Cameroun. Ses instituts de Bonapriso, Akwa, Bonamoussadi et la Cité des Palmiers sont le baromètre de la beauté dans la ville de Douala. Voici comment un passionné de physique jadis contrôleur de câbles électriques est devenu un pape du bien-être.

 

S’il y a bien une chose qu’on lui reconnait de magique ce sont «ses mains», confesse une cliente, rêveuse : «Lorsqu’il me touche la tête ou me fait un massage je n’ai plus l’impression d’être la même..» Le  hair designer Emmanuel Chiangong a fait de son institut une marque déposée dont le slogan aurait pu être : Succombez au plaisir d’une belle coiffure !  Mais Viva ne s’arrête pas qu’à cette forme d’expression : « Viva veut également dire longue vie, ou encore ce qui est au-dessus pour toujours. Le massage prend déjà le pas sur la coiffure.» Désormais il enchaîne les shows de classe, au pays et partout sur la planète : Azimuts, Afrique Collection, Annual Show, Canal 2’or, Africanova au Mali, Hair Design Expo aux USA, Miss Universe, Miss Earth356.JPG

Cet homme a découvert en 1993 l’école de Vidal Sassoon - «sûrement le coiffeur le plus célèbre dans le monde», insiste-t-il. Après de nombreuses formations sur le tas et par correspondance, il s’est senti le besoin de fréquenter une institution afin de maîtriser la texture du cheveu. À cette époque, beaucoup de ses clients américains basés au Cameroun, comparent sa touche à celle du célèbre perruquier : « J’étais membre du groupe de cosmétologues américains en 1990 grâce au consul américain Georges Frederick. Et Dee Adams du même groupe m’a fait découvrir Vidal Sassoon par des journaux.» Le coiffeur camerounais décide d’y faire une formation.

Sa fée Clochette à lui s’appelle alors Peter Crossfield: «C’était le directeur de l’école. Notre rencontre en 1993 à Londres nous a rapprochés. Et en 1994, il me fait la faveur de payer ma formation de quatre mois par tranches. Je devais verser des millions de francs CFA!»

 

Le fils du pasteur voulait coiffer

Ainsi commence l’extraordinaire aventure de ce jeune homme de Bamenda projeté dans le monde des strass et des paillettes londoniens. Le descendant du modeste pasteur Chiangong de l’Église presbytérienne se retrouve dans un milieu fréquenté par de jeunes fortunés : «Ça aurait pu m’étouffer, car je n’étais entouré que par des étudiants dont les parents avaient beaucoup d’argent.» Mais Chiangong se crée des opportunités et se rapproche d’une école spécialisée dans la formation des esthéticiens et des maquilleurs, la London Aesthetics. Un souvenir fort : «Je n’avais pas d’argent ; je suis allé voir la directrice de l’école pour lui dire : je tiens à faire cette formation ; mais ne vous en faites pas, je vous renverrai de l’argent dès que je rentrerai dans mon pays.» Ébahie, mais enchantée par la franchise du jeune Africain, la directrice accepte sa proposition et lui permet de se spécialiser. Il en sort avec le diplôme de  Ruby Hammer Cosmetic Make up.

Seul Noir de l’Institut de formation Vidal Sassoon, Chiangong veut alors transposer sa connaissance de la texture du cheveu blanc sur le cheveu du noir, et entre en contact avec les organisateurs du salon pour cheveux Splinters of Mayfair. « Les gens étaient émus de voir un Africain qui avait soif d’apprendre», note-t-il.

Il fait la rencontre de la guérisseuse Pénélope Taylor  dans un auditorium où il joue de la flûte avec son amie et musicienne Barbara Jean au profit des réfugiés politiques. Peter Crossfield lui permet ensuite de rencontrer Simon Ellis, le directeur de la zone européenne de Vidal Sassoon: «Il m’a offert toute la documentation nécessaire pour créer mon école et m’a permis de faire un stage dans l’un des salons prestiges de Vidal Sassoon. J’ai rencontré des stars comme Bruce Willis, Naomi Campbell…Sans oublier les membres de la famille royale britannique.»


                                  "La coiffure n’est pas                                                                       un métier pour illettrés."


Scientifique devenu esthète

Mais Emmanuel Chiangong cache aussi une blessure qui l’a définitivement orienté vers l’esthétique. Titulaire d’un GCE Avanced  Level (équivalent du baccalauréat) en physique chimie et biologie, il avait travaillé pendant onze ans dans une entreprise spécialisée dans la soudure, la fabrication des tablettes et des câbles électriques. Sa vigilance en tant que contrôleur de qualité permet à son entreprise de gagner des marchés, notamment à l’ancienne Société nationale d’électricité (Sonel) et au ministère des Postes et Télécommunications.

Il obtient une bourse de  perfectionnement des Nations Unies pour la qualité de son travail, mais on bloque son dossier en entreprise. Malgré les consolations de son ami le feu docteur Daniel Muna, et de ses parents Phoebe et Timothy Chiangong, il présente sa démission. «Ils ne voulaient pas me laisser partir par peur de représailles. J’étais alors délégué du personnel, et secrétaire juridique du syndicat des travailleurs du Wouri. Mais ils ont fini par céder», révèle-t-il.                                                  

À cette période Viva a déjà vu le jour, sous l’égide de Prisca une amie qui deviendra son épouse : «Viva existe depuis 1984, mais c’était une petite structure. J’allais à mon boulot le matin et à 16h j’étais au salon. Prisca et moi investissions ensemble. Je m’y sentais à l’aise. Je me suis rendu compte à travers la documentation que la coiffure n’est pas un métier pour illettrés.» Et parce qu’ils jouent ensemble leur partition, Prisca et Emmanuel étendent la renommée du salon de coiffure. En 1987, les associés déménagent du lieu dit Mobil Bonakouamouang pour la Rue Mermoz à Akwa. « Même si aujourd’hui nous sommes à la rue Bernabé, c’est là-bas que le salon a atteint son apogée», se souvient-il, nostalgique. D’ailleurs je remercie toutes les filles de cette avenue  qui m’ont laissé créer sur leur chevelure.»

Dans le métier, ce père de trois enfants s’accorde tout, même la plus grande  rugosité envers sa personne. Face aux problèmes de gestion auxquels le couple est confronté, il s’inscrit en marketing à l’Institut universitaire de technologie (IUT) de Douala pendant qu’il suit sa formation en Angleterre.  « Lorsque je suis parti j’étais déjà inscrit à l’IUT. J’ai esquivé les cours pendant quatre mois pour terminer avec l’Angleterre.  À mon retour en 1995, j’ai pu me rattraper grâce à mes camarades de classe et j’ai fini major de ma promotion !» Impressionné, son enseignant Bob Ngamoé promoteur de l’institut ISMA (cf. ICI n° 58), lui a personnellement rendu son résultat.

À l’orée des années 2000 le hairdresser a déjà formé plus de 500 élèves. Ce qui ne l’empêche pas de s’imposer des recyclages qui édifient et affinent son talent, comme celui qu’il effectue aux États-Unis en 2004 à l’école David Prestley. La même année, il obtient une maîtrise en gestion à l’ESSEC de Douala.

Fier de son parcours, l’homme aime se rappeler ses rencontres avec Rhani le coiffeur de Michelle Obama, avec le Dr Michel’s l’un des plus célèbres coiffeurs américains. Il y a aussi Sylvie Nganso qui a organisé au Cameroun le premier congrès, Rose Laure Nken, Mireille Ndounche, Francis Djomou Nana de Biopharma «qui a déjà envoyé ses techniciens chimistes suivre une formation dans mon école, pourtant il est capable de les envoyer en Europe.»

C’est aussi ça Emmanuel Chiangong. Un homme qui a assez d’humilité pour penser qu’on ne réussit jamais seul ; et qui crée en permanence des liaisons d’harmonie avec les objectifs qu’il se fixe : « J’ai compris de la vie que lorsqu’on se retrouve sur un chemin ce n’est jamais par hasard», explique-t-il modestement.

 

Texte : Miriam Fogoum

Photos : Juste Zanou

 

 


 


 

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